Optopath, mutualiser pour mieux chercher

Une plateforme d’innovation pour étudier quatre pathologies : l’addiction, l’obésité, les déficits de mémoire et l’anxiété a été développée dans le cadre d’un Equipex. Retour sur sa création avec Véronique Deroche Gamonet, coordinatrice de l’Optopath et directeur de recherche Inserm au sein du laboratoire de Physiopathologie de la plasticité neuronale.

  • 05/06/2014

Equipements de la plateforme de l'Equipex © Optopath Equipements de la plateforme de l'Equipex © Optopath

Comment définissez-vous un Equipex ?

Pour moi, un Equipex, c’est une opportunité unique d’obtenir un financement très important pour acquérir des équipements de pointe. En répondant à un seul appel à projet, nous avons la possibilité de développer une plateforme entièrement dédiée à l’innovation en psychopathologie. L’Equipex nous donne les moyens de nous attaquer à des défis technologiques à grande échelle. A un niveau individuel, avec des moyens limités et non mutualisés, il est difficile de faire de l’innovation, on ne peut que suivre ce qui se fait ailleurs. Là des équipes s’associent pour créer un outil collectif qui décharge leurs laboratoires respectifs de ces aspects d’innovation.

La signature de la convention de notre Equipex Optopath a eu lieu en septembre 2011, et depuis nous avons développé progressivement un ensemble d’outils innovants. Nous avons pu rapidement nous mettre à niveau et déjà, sur certains points, nous devançons ce que font des laboratoires de pointe à l’étranger. C’est un cercle vertueux : grâce à cette plateforme, nous aurons plus de temps pour mener notre recherche et elle bénéficiera d’outils de pointe, nous disposons d’une vitrine pour faire connaître nos travaux et les outils innovants que nous développons sont commercialisés au profit de la plateforme.

Quelles sont les thématiques de recherche d’Optopath ?

L’enjeu de cette plateforme est de développer de nouveaux modèles psychopathologiques chez le rongeur et chez l’homme et de nouveaux outils de mesure de l’activité cérébrale dans le cadre de quatre pathologies : l’addiction, l’obésité, les déficits mnésiques (notamment au cours du vieillissement) et le stress post-traumatique. Pourquoi ces quatre là et pas d’autres ? Ce sont des enjeux de santé publique, évidemment, mais elles partagent des points communs et il y a donc un intérêt scientifique à mutualiser les connaissances et à les étudier parallèlement. Ce sont des maladies complexes. Le premier défi consiste à les modéliser de façon fiable. L’autre grande limite, c’est de pouvoir étudier la fonction cérébrale en temps réel, voir le cerveau exprimer la pathologie. Le but est donc de développer des outils psycho- et neurobiologiques pour franchir ces barrières. Cette plateforme est essentiellement dédiée à des études chez l’animal. Mais les outils développés chez le rongeur sont aussi la base d’outils que nous développons chez l’homme. Ces approches, dites translationnelles, sont décisives pour comprendre les mécanismes de la pathologie et permettre d’élaborer des outils de diagnostic et à terme identifier des solutions thérapeutiques.

Véronique Deroche Gamonet © Optopath

Dans le cadre de l’addiction, Bordeaux a été pionnier ces dix dernières années en remettant en cause les approches expérimentales classiques. Nous avons développé de nouveaux modèles plus proches de la pathologie humaine. Nous avons ainsi montré que l’addiction n’est pas un comportement (déviant) propre à l’homme, qu’on peut l’observer et l’étudier chez l’animal. A l’image de l’homme, les rongeurs ne sont pas tous égaux face à l’addiction et nous pouvons identifier les mécanismes psychobiologiques de cette vulnérabilité. Cet Equipex est né aussi de cela, de cette approche originale et reconnue que nous avons développée pour l’addiction et que nous souhaitons appliquer à d’autres pathologies avec Optopath.

Pouvez-vous décrire cette plateforme ?

En fait, nous n’avons pas simplement acheté un ensemble d’équipements. Nous avons surtout contribué à développer de nouveaux outils. C’est pour cela qu’il y a neuf équipes de recherche impliquées (sept de l’Inserm et deux du CNRS, avec l’université de Bordeaux) et trois industriels associés, Imetronic, Fluofarma et Servier Iris.

Une quarantaine de personnes travaillent donc sur la plateforme composée d’une quinzaine de types d’équipements différents (environ 180 unités) permettant de faire des tests comportementaux tout en collectant des données métaboliques et/ou neurobiologiques via des outils d’optogénétique (associant optique et génétique), d’électrophysiologie, ou de microscopie in vivo.

Trois débouchés sont possibles pour l’Equipex : développer de nouvelles connaissances pour identifier des pistes thérapeutiques, accroître notre lien avec le milieu industriel, et valoriser ces équipements qu’on a contribué à codévelopper (exploitation et vente de ces nouvelles technologies et offre de formations à ces approches high-tech).

Au niveau scientifique, deux articles ont déjà été publiés à ce jour et d’autres sont en cours de publication. Des demandes de financement en lien avec la plateforme ont déjà été obtenues (ERA-Net NeuronII (commission européenne), - projet cocaddict) et d’autres sont en cours, notamment auprès de l’ANR (Agence nationale de la recherche). La durée d’un Equipex est de neuf ans : trois pour le développement de la plateforme, avec la majeure partie du financement, et six pour la valorisation des équipements. Le but est d’être indépendant financièrement rapidement grâce à la valorisation.

A quelles difficultés avez-vous été confrontées dans le montage de cette plateforme et quels points positifs retenez-vous ?

Les principales difficultés sont dues aux charges administratives plus importantes. Un nouveau bâtiment est en construction sur le site de Bordeaux-Carreire de 400 m2. En tant que coordinatrice d’Optopath, j’ai été impliquée dans la programmation du projet immobilier, j’interviens dans le suivi des travaux : gérer la place de chaque équipement, les contraintes d’espace, les contraintes réglementaires propres à ce type de laboratoire, mais aussi, jongler, par exemple, avec le positionnement des luminaires, des poteaux, etc. Mais de façon très positive, ce projet me permet de rencontrer et de travailler pour la première fois avec des gens dont je ne connaissais pas les contraintes et qui ne connaissaient pas les miennes (patrimoine immobilier, ressources humaines, communication…). C’est un vrai travail de coordination avec l’InsermInstitut national de la santé et de la recherche médicale et l’université. C’est une expérience humaine très enrichissante. Sur le côté scientifique, ce projet est passionnant car il nous amène à repousser des limites. On fait des choses que les autres ne font pas encore : le graal du chercheur, la cerise sur le gâteau !